« Ce projet de film en Amazonie est une nouvelle étape dans mon travail de cinéaste du réel. C’est avant tout le défi de faire un film qui puisse toucher un large public tant en Suisse qu’en Europe sur un sujet humain et écologique. Avec ce film je m’éloigne aussi du documentaire d’enquête et d’investigation pour faire un film centré sur des hommes et des femmes, en empathie avec mes personnages.
Pourquoi cette histoire des Wayana ? Parce que j’ai découvert les Amérindiens de Guyane grâce au livre «Parana l’indien d’Amazonie », avec lequel j’ai appris à lire et qui a marqué mon enfance.
Quand des ethnologues m’ont appris que les Indiens Wayana étaient menacés, je me suis demandé : « qu’est devenu le petit Parana » ? C’est ainsi que je suis parti en 2005 à la recherche de Parana en Guyane. Sa rencontre et celle de ses enfants, Aïma, Akama et Etume fut un moment émouvant de ma vie. Durant quatre ans, je suis revenu vivre parmi eux chaque été, afin de préparer avec eux ce projet de film.
Ma découverte de cette région et des dégâts causés par l’orpaillage fut aussi un choc. Je me sentais impuissant et j’avais l’impression d’assister à un monde qui bascule. La réalité de cette destruction de la forêt primaire est inacceptable et la pollution au mercure des cours d’eaux
annonce le pire. Après la catastrophe de Minamata au Japon
et l’empoisonnement de villages entiers au mercure, on avait dit plus jamais ça.
Aujourd’hui dans le sud de la Guyane, c’est en train de se reproduire! Il faut savoir qu’il n’y a pas d’« or propre ». Et il faut le dire haut et fort: dans cette région, les industries
aurifères sont parmi les plus polluantes au monde.
Accepter ce scandale, se résigner à laisser s’accomplir
cette catastrophe écologique, c’est s’en faire le complice. Pour moi, il y a quelque chose de l’ordre de l’urgence avec ce film : urgence de dire et de montrer, de lancer un débat car si rien n’est fait rapidement, l’ histoire de « Dirty Paradise » sera la chronique d’une mort annoncée, celle des derniers Wayana de l’Amazonie française...
»
Daniel Schweizer
